1. L'exilé »
2. Pierrot »
3. Entre deux guerres »
4. Petite ballade pour ma Bretagne »
5. Fleurette »
6. Si la mémoire te fait défaut »
7. Trois saisons sont passées »
8. La légende de Roland »
9. La fille du marché »
10. Il y a comme ici »
11. Pauvre Sophie »
12. La fille de la lande »
13. La colombe »
14. Les lilas sont fanés (à Cécilia) »
15. Jimmy »
16. L'hiver irlandais »
17. Qui pourrait bien me dire »
18. La ballade de Marianne »
Je le vois vraiment de très loin
Le vieux pont de chemin d’fer,
Je pense que par un d’ces matins
Je me retrouverai derrière
Et comme le train n’y passe plus,
J’emprunterai la voie ferrée,
De l’autre côté du talus
Où mon vieux chien est enterré.
Quand j’aurai recollé mes s’melles,
Empli mon outre en peau de chèvre,
A l’eau du puits qu’a plus d’margelle
Près d’l’arbre mort qu’a plus de sève,
Quand j’aurai posé sur mon dos
Mon vieux blouson en caribou,
Mon chapeau décoré d’un trou
Et mon fusil qui tire qu’un coup.
J’aurai c’est sûr toute ma fortune,
Je pourrai partir sans regrets,
Sur les traverses au clair de lune
Sans jamais me retourner.
Peut-être verserai-je des larmes
Sur cette terre de poussière
Où j’ai connu bien trop de drames,
Où il y a trop de lumière ?
Et après un dernier adieu
Sur la tombe de mes deux frères
Qui dorment là sous le ciel bleu
Depuis plus d’une année entière,
J’ferai le tour de la barrière
Où la clôture a disparu
Et comme un coyote solitaire
Je partirai vers l’inconnu.
Je partirai vers une ville
Où d’autres gars crèvent de faim,
Mais où dans les matins tranquilles,
Je pourrai serrer quelques mains.
Peut-être qu’une fille pas trop vilaine
Mais au cœur grand comme le Québec
Voudra bien consoler ma peine,
Voudra bien que je reste avec (bis)
Il a pris une grande échelle
Pour aller décrocher la lune,
Il a pris une grande échelle
Pour aller décrocher la lune
La lune pour offrir à sa brune,
A sa brune qui est si belle.
Mais il manquait quelques barreaux
Pour atteindre le croissant,
Mais il manquait quelques barreaux
Pour atteindre le croissant
Le croissant qui est si haut,
Tout là-haut où dort Pierrot.
Alors il a pris une corde
Et s’en est fait un grand lasso,
Alors il a pris une corde
Et s’en est fait un grand lasso,
Un lasso qu’il a lancé
Et qui a fait tomber Pierrot.
Pierrot est tombé sur la terre
Dans son bel habit tout blanc,
Pierrot est tombé sur la terre
Dans son bel habit tout blanc
Blanc comme le croissant de lune,
La lune que voulait la brune.
Mais comme Pierrot était si beau
Et qu’il s’en venait de la lune,
Mais comme Pierrot était si beau
Et qu’il venait de la lune,
Amoureuse en tomba la brune
Et ils s’enfuirent au clair de lune.
N’allez pas décrocher la lune
Pour une blonde ou une brune,
N’allez pas décrochez la lune
Pour une rousse ou une brune,
Ou vous courez à l’infortune
Et récolterez que des prunes.
Et là-haut sur sa grande échelle
A qui il manquait deux barreaux,
Et là-haut sur sa grande échelle
A qui il manquait deux barreaux,
On peut voir quand la nuit est belle
Se balancer un grand nigaud (ter)
Entre deux guerres (Allan Bleck)
(refrain)
Entre deux guerres passe la paix
Et le tambour nous fait danser.
Entre deux guerres passe la paix
Et le tambour nous fait chanter.
C’était ici tout un village,
C’était ici la vie l’amour.
Les conclusions sont pour les sages
Et leurs vingt ans pour Oradour.
Qu’elle était belle leur église,
Les cloches rythmaient l’élan des flammes.
Où sont les gosses et leurs bêtises,
Les gosses d’Oradour sur Glane ?
(refrain)
Voilà le blé près des tranchées
Et voici l’orge sur les tombes.
Les coqu’licots sont pour l’été
Et mes amis furent pour les bombes.
Si ma guitare se fait triste,
C’est que mes yeux se font de larmes.
Mes souvenirs sont sur les pistes
Celles d’Indochine ou du Vietnam.
(refrain)
Voici le père qui s’en revient !
Voici le fils qui s’en va !
Pour l’Algérie partent les trains,
Après le Viet le Fellaga.
Et ma guitare continue
Mon cœur est gros ma gorge sèche,
En 68 c’est dans la rue
Entre Français que l’on se cherche.
(refrain)
Rien n’a vraiment changé depuis,
La folie est restée la même.
Le son des bottes et des fusils
Se mêle à tous les cris de haine.
C’est l’anarchie et le chaos,
Même chez nous gagne la misère,
Le peuple un jour face au bourreau
Ne retiendra plus sa colère.
Entre deux guerres y a plus de paix
Le tambour ne fait plus chanter.
Entre deux guerres y a plus de paix
La peau du tambour est crevée.
Petite ballade pour ma Bretagne (Allan Bleck)
Moi je viens d’un pays,
Sans neige, sans montagne,
Fait de vent et de pluie
Mais de soleil aussi,
Car je viens de Bretagne.
C’est un pays de pierres,
De brumes sur la lande
Où la mer est plus belle
Qu’une colline d’Irlande,
Où jamais rien n’arrête
Les contes et légendes.
Si face à l’océan
La roche se fait dure,
Nos filles au printemps
Ont des âmes d’enfant
Et le cœur tendre et pur,
Filles à marier,
Ou femmes de marin.
Quand au son des binious
Dansent et claquent les sabots,
C’est la fête qui secoue
Etables ou Landerneau.
Il y a dans les genêts,
En avril fleurissant
Du jaune et du doré
Que cueillent les enfants
Comme ceux de par ici,
Pour de jolies mamans
Aux regards attendris.
Et pendant tout ce temps,
Inlassable et si belle,
La mer mariée au vent
Se pare de dentelles.
J’ai dans mes souvenirs
Des amours d’enfants
Cachés par les menhirs,
Les passions de huit ans
Sont de bels amours,
Le cœur est encore blanc
Et tout rime à toujours.
Comme ce pays breton
Me manque si souvent,
J’accroche à ma chanson
Ses drapeaux et blasons.
Et s’il vient à couler,
Une larme salée
Jusqu’au coin de mes lèvres,
C’est comme si sur la grève,
Une vague venait
Du breton paysage
Caresser mon visage.
Car je sens sur ma bouche,
Ce goût d’éternité,
C’est la mer qui se couche
Et se meurt à mes pieds.
Moi je viens d’un pays,
Sans neige, sans montagne,
Fait de vent et de pluie
Mais de soleil aussi
Car je viens de Bretagne,
Oui je viens de Bretagne,
De Bretagne.
Fleurette était bergère et bien jolie,
Elle gambadait dans l’herbe près des brebis.
Gaspard son amoureux le lui avait promis,
A la fin du printemps Fleurette on se marie.
Nous mettrons en commun nos brebis nos moutons,
Pour avoir le plus beau troupeau dans le vallon.
J’ôterai de tes pas les fleurs de chardons
Et nous nous aimerons dans la grange qui sent bon.
Près du p’tit pont de bois nous ferons boire nos bêtes,
Je te f’rai des couronnes de bleuets et de violettes.
Tu seras la plus belle, quand reviendront les fêtes
Et les filles au village en resteront muettes.
Mais cette année de joie se changea en tristesse.
La guerre app’la Gaspard, mon Dieu quelle détresse
Finis les doux baisers et câlines caresses,
Les beaux yeux de Fleurette n’avaient plus leur tendresse.
Quand vint le colporteur, aux premiers jours de mai,
Fleurette larmoyante courut le questionner.
Qu’as-tu donc à m’apprendre sur mon bien-aimé ?
Hélas ma pauvresse je n’ose te l’avouer !
Il a donné sa vie, pour son pays de France
Il est tombé un soir au bord de la Durance,
Dans un champ de fleurs bleues, comme un ciel de Provence,
Ces fleurs d’avril je crois qu’on appelle pervenches.
Fleurette dans ses mains cacha ses longs sanglots,
Et s’enfuit en courant gémir sur le coteau.
Adieu mon beau vallon mes champs et mon troupeau,
Elle partit un matin âme en peine et cœur gros.
Depuis elle s’est faite nonne, dans un couvent du Gard
Et le Christ a pour elle le visage de Gaspard.
Mais Dieu le lui pardonne car bien souvent le soir,
C’est à lui qu’elle confie sa peine son désespoir.
Fleurette était bergère et bien jolie,
Elle gambadait dans l’herbe près des brebis,
Gaspard son beau Gaspard, sûr’ment au paradis
Patiemment doit l’attendre pour une autre vie.
Si la mémoire te fait défaut (Allan Bleck)
Si la mémoire te fait défaut,
Si tu n’ te souviens déjà plus,
Alors regarde dans mon dos
Tous les coups que j’ai reçus.
Souviens-toi je suis le nègre.
Celui-là même qu’on a vendu.
Celui-là devenu si maigre.
Celui-là même qu’on a pendu,
Sous les yeux de sa tribu.
Si la mémoire te fait défaut,
Si tu ne te souviens de rien.
Alors regarde dans mon dos
La trace de morsures des chiens.
Souviens donc toi je suis le Juif.
Qu’on a déporté un matin.
Pour faire du feu pour faire du suif.
Celui-là même mort de faim,
Sur le cadavre de qui l’on pisse.
Si ta mémoire te fait défaut,
Si tu n’te souviens plus du tout.
Alors regarde dans mon dos,
Je suis brûlé un peu partout.
Souviens-toi je suis vietnamien.
J’habitais près de Diên Biên Phu.
De mon village ne reste rien.
J’avais huit ans mais tu t’en fous,
T’avais massacré tous les miens.
Si ta mémoire te fait défaut,
Si tous tes souvenirs s’enfuient.
Alors regarde dans mon dos,
Je porte le destin des harkis.
Souviens-toi je suis le bougnoule.
Qu’on a jeté dans un ghetto.
Le vieil Arabe que l’on refoule.
Qu’on chasse du pied comme un cabot,
En le traitant de sale bicot.
Si ta mémoire te fait défaut,
Si tu prétends ne plus savoir.
Alors regarde dans ton dos,
Tu as semé le désespoir.
Regarde-moi, je suis d’ici,
Sans travail et sans logement.
Moi je suis né dans ce pays.
Mais tous mes frères ne sont pas blancs.
Non tous mes frères ne sont pas blancs.
Non tous mes frères ne sont pas blancs.
Trois saisons sont passées (Allan Bleck)
Un matin, sans soleil
Et des nuits sans pareil.
C’est un été d’orage
Où tu rêves de voyage.
Et derrière ses sourires,
Tu voudrais repartir.
Trois saisons sont passées
Sur l’eau de la rivière.
Et tu en as assez
Qu’elle ferme la barrière.
Elle est belle, comme le jour.
Elle fait si bien l’amour.
Et sa peau qui transpire
Te retient et t’aspire.
Mais derrière ses élans,
Il y a l’appel du vent.
Trois saisons sont passées
Sur l’eau de la rivière.
Et tu en as assez
Qu’elle ferme la barrière.
Il y a dans ses yeux.
Plus que du merveilleux.
Il fait chaud et la pluie
Te rend presque soumis.
Mais la foudre, au lointain
Eclaire ton chemin.
Trois saisons sont passées,
Sur l’eau de la rivière.
Et tu en as assez
Qu’elle ferme la barrière.
Tu entends, derrière les pierres,
Le murmure de la mer.
Et l’envie te déchire,
Rester ou bien partir.
Tu sais qu’elle restera,
Qu’elle ne te suivra pas.
Trois saisons sont passées
Sur l’eau de la rivière.
Et tu en as assez
Qu’elle ferme la barrière.
Un matin, sans soleil
Cachant ton nouveau ciel,
Dans cet été d’orage,
Tu as fui sans bagages,
Vers d’autres horizons,
Fait d’amour de passions.
Trois saisons sont passées
Sur l’eau de la rivière.
Et tu as profité
Qu’elle entrouvre la barrière.
Trois saisons sont passées,
Sur l’eau de la rivière.
Et tu as profité
Qu’elle entrouvre la barrière.
La légende de Roland (Allan Bleck)
Là-bas au cœur des Pyrénées,
Loin de la plaine,
Etaient massés vingt mille guerriers,
Sans peur ni haine.
Armés de pics, d’arcs et d’épées,
A pied ou bien sur leurs chevaux,
Ils montaient fiers et obstinés
Vers le col de Roncevaux.
Là-bas, par-delà la frontière,
La trahison.
Un homme vendait tous ses frères,
C’était le traître Ganelon.
S’étant rallié aux Sarrasins,
Forts d’une armée de cent mille hommes,
Comme un Judas comme un païen,
Ce lâche pactisait sans vergogne.
Menant l’arrière-garde de Charlemagne,
Voici Roland,
Barrant la route de l’Espagne
Vers l’Occident.
Soudain l’enfer ouvrit ses portes,
Des diables hurlants se déchaînèrent
Et la furie faisant escorte,
En fit trembler la terre entière.
Une pluie de feu fit son ouvrage,
Pauvres guerriers.
Les hommes hurlaient dans ce carnage
Et le sang ruisselait.
Roland brandissait Durandale,
Frappant de taille et puis d’estoc.
La lame sifflait et faisait mal
Quand elle frappait dur comme un roc.
Roland ne pouvait plus lutter,
Pris sous le nombre.
Son armée, bande éparpillée,
Ressemblait à une ombre.
Malgré sa fierté son orgueil,
Mais voyant venir la défaite,
Sans craindre ni mort ni cercueil,
Il décida de la retraite.
Puis il souffla à pleine gorge
Et l’oliphant d’ivoire,
Puissant comme un soufflet de forge
Appela les renforts.
Mais Charlemagne, bien trop loin,
N’entendit pas que jusqu’aux cieux,
Montait là-bas dans le lointain,
L’appel puissant de son neveu.
Roland, visage ensanglanté,
Tomba à terre.
Vers Dieu leva sa main gantée
En une prière.
A bout de force, à l’agonie,
Il enterra sa lourde épée.
Sur ses épaules tomba la nuit,
Il sentit son âme s’élever.
Là-bas au cœur des Pyrénées,
Loin de la plaine
Là-bas au cœur des Pyrénées,
Loin de la plaine…
La fille du marché (Allan Bleck)
Des fleurs et des fruits frais,
Elle vendait au marché,
Fleur parmi les fleurs,
Fruit que l’on pourrait mordre.
J’avais mis sur mon cœur
Quelques mots en désordre
Pour lui faire un poème
Et lui dire je t’aime,
Mais dans une flaque d’eau,
J’ai vu mes vieux habits.
J’avais sous mon chapeau
Presque l’air d’un bandit.
La belle était coquette,
Sur la place du marché,
Les garçons girouettes
Lui couraient tous après.
Moi qu’avais-je à offrir
A cette fleur de printemps ?
Du genre que l’on respire
En bénissant le vent.
Moi que pouvais-je dire,
Vagabond et mendiant,
Sans argent, sans tirelire,
Vivant de l’air du temps ?
Mais la fille est si belle
Dans sa robe en couleur,
Elle a une peau de miel,
J’en devine la saveur.
Et voilà que mon cœur
Fait fuir ma raison,
Il sourit à son cœur,
Comme un grand polisson.
La fille de ses grands yeux
Me fait trembler d’amour,
C’est elle que je veux,
Je la veux pour toujours.
Et voici le miracle,
La fille s’en est venue,
Et là sans simulacre,
A mon cou s’est pendue.
Je l’ai prise par la main
Pour quitter le marché,
N’attendez pas demain
La fille ne viendra plus.
Les garçons du village
S’inquiètent tous émus,
Malgré leur avantage,
La fille a disparu.
Il y a comme ici (Allan Bleck)
Il y a comme ici,
De longs soirs d’automne
Où les rêves s’oublient,
Où les matins m’étonnent.
Et derrière ma fenêtre,
Cachés par la buée,
Se penchent de vieux hêtres
Aux branches effeuillées.
Il y a comme ici,
Une cabane en planches
Où dorment les outils
Quand arrive le dimanche.
Et au fond du hameau,
Quelques merles frissonnent.
C’est triste mais c’est beau
Quand le silence résonne.
Il y a comme ici,
Caché par les roseaux,
Un étang assoupi
Où piaillent des oiseaux.
On y voit quelquefois,
Un pêcheur solitaire,
Sur une barque en bois
Peinte en bleu et en vert.
Il y a comme ici,
Quelques chemins de pierres,
Qui se croisent jour et nuit
A l’ombre du calvaire.
Et dans les prés humides,
Paissent quelques chevaux,
Libres sans la bride
Ni la selle sur le dos.
Mais c’est toujours ici,
Comme chez nous ma mie,
Un automne de brume
Qui te plairait ma brune.
Dans le gris tout est flou,
Les couleurs sont pastelles.
Le brouillard est partout
En rubans de dentelles.
Pauvre Sophie,
Tu fais d’la peine à regarder,
Tes yeux cernés bien trop fardés,
Sur ton tabouret de comptoir,
T’as vraiment l’air, d’broyer du noir.
Pauvre Sophie,
Toi que j’ai connue à vingt ans,
Face à la vie, le mors aux dents,
Toi qui avais dans ton sourire,
Tout ce qu’il faut pour attendrir.
Pauvre Sophie,
Dans ton blue-jean bien trop serré,
Devant ton verre de muscadet,
T’oses plus t’regarder dans la glace
De peur de te voir en face.
Pauvre Sophie,
Tu étais belle comme ces fleurs
Que l’on cueille pour se mettre au cœur,
Toi qui brûlais comme une braise,
Toi qu’on appelait l’Irlandaise/.
Pauvre Sophie,
V’là qu’tu te fanes dans ce bistrot
Et que tu bois, tu bois de trop,
Tu bois surtout pour oublier
Que la vie n’ta pas épargnée.
Pauvre Sophie,
Toi qui étais reine de l’amour,
Même jolie à contre–jour,
Toi qui d’un seul claqu’ment de doigts
Attirais tous les hommes à toi.
Pauvre Sophie,
Tu dessines des ronds sur le zinc,
Avec la pointe d’une seringue,
Tu caches même plus que tu te cames,
Pour toi ce n’est même plus un drame.
Pauvre Sophie,
Comme un vieux film en noir et blanc,
Tu me rappelles mes vingt ans.
Ha ! Bon Dieu comme je t’ai aimée,
Aux belles nuits du mois de mai.
Pauvre Sophie,
Je n’ose même plus te parler,
J’ai peur de te faire chialer
Et te rap’lant ce vieux souv’nir
Du temps où tu savais m’séduire.
Pauvre Sophie,
Je crois que je vais m’en aller
De ce bistrot sans commander.
Même si d’ma part c’est un peu lâche
De te laisser seule à ta place.
Pauvre Sophie.
La fille de la lande (Allan Bleck)
Sur la lande qui dormait
Elle s’est mise à danser,
Sa peau blanche scintillait
Sous la lune qui se levait.
Loin là-bas, un train sifflait,
Et peut-être que sur le quai,
Un amour s’éteignait
Et une autre fille pleurait.
Qu’elle pleure ou qu’elle danse,
Elle raconte quelque chose.
Va savoir à quoi ça pense,
Une fille ça dit pas grand-chose.
Et tout au bout de la lande,
Sur la plage désertée,
Les vagues montent et descendent,
Je les entends murmurer.
Elles murmurent une chanson
Qui fait danser cette fille.
Elle tourne sans façon,
Bien trop seule pour un quadrille.
Au loin dans la nuit brumeuse,
Un chien appelle les loups.
Sa plainte est une berceuse,
Un étrange rendez-vous.
Et la fille tourbillonne,
Les pieds nus dans l’herbe fraîche.
Elle sent son cœur qui résonne,
Elle danse rien ne l’empêche.
Au village des pêcheurs,
Les cabanes sont endormies.
Au clocher sonnent les heures,
La lune maintenant blêmit.
Il n’y a rien à comprendre,
C’est comme le chant des sirènes.
Chacun ne peut pas l’entendre,
Il faut s’en donner la peine.
Pour voir cette fille danser,
Dans la brume de l’océan,
Il faut d’abord écouter
Ce que disent les quatre vents.
Mais, nous dormons sans savoir
Qu’il existe mieux que le rêve,
Une autre face au miroir.
Lorsque le rideau se lève,
Il souffle un vent de poésie
Mais trop peu savent écouter
Et personne n’applaudit
Pour cette fille qui a dansé.
Dans la quiétude d’une aube pure,
Une colombe a pris son vol.
Elle était belle comme l’azur
Qui baigne Athènes et l’Acropole.
A l’horizon vers le futur,
Du soleil naissait l’auréole.
C’était la fin du clair-obscur,
L’heure où s’éveille le rossignol.
Dans le ciel bleu, pas de clôture,
Porté par le souffle d’Eole,
C’est le chemin de l’aventure,
L’élan nouveau la course folle.
L’éther est-il une parure
Qui baigne l’homme comme un symbole ?
Ou une immense déchirure
Que s’arrachent les grands monopoles ?
Blanche colombe, que vois-tu donc ?
Au cœur des villes, au cœur des champs.
Crois-tu qu’un jour le pardon
Nous arriv’ra comme un printemps ?
Y a-t-il encore sous les ponts,
Une eau qui coule en gazouillant ?
Ou est-ce la couleur du charbon
Qu’elle transporte impunément ?
Y a-t-il encore des gosses blonds,
Qui tendent les mains en t’appelant ?
Ou est-ce le cri des enfants
Qui préparent la révolution ?
Est-ce que nos prières de passion,
S’élèvent aux cieux comme de vrais chants ?
Ou est-ce que la gueule des canons
Les couvre de leurs cris puissants ?
Dans la tristesse d’un crépuscule,
Une colombe aux ailes salies,
Est revenue des terres qui brûlent
Pour s’abriter dans notre nuit.
Au temple où rien ne la bouscule,
Elle lissera ses plumes flétries
Pour dessiner en majuscules,
Le mot amour dans le ciel gris.
Toi qui souris, qui es crédule
A tous ces mots que je te dis,
Sache que jamais je n’affabule !
Regarde bien après la nuit,
Dans la quiétude d’une aube pure,
Elle reprendra sa course folle,
Elle sera belle comme l’azur
Qui baigne Athènes et l’Acropole !
Elle sera belle comme l’azur
Qui baigne Athènes et l’Acropole !
Elle sera belle comme l’azur
Qui baigne Athènes et l’Acropole !
Les lilas sont fanés (à Cécilia) (Allan Bleck)
La pluie sur le toit des chaumières,
Sur les chemins de terre,
Les lilas sont fanés.
Le cœur transi comme en hiver,
Les larmes sont amères,
L’amour s’est éloigné.
Il ne te reste rien
Que d’étranges souvenirs,
Une bague à ta main,
Le regret de son sourire.
L’oubli n’aura jamais sa place,
Tu rêves qu’il t’enlace,
Les lilas sont fanés.
Au ciel tu lances tes prières,
Tu pleures mais tu espères,
L’amour s’est éloigné.
Et tu sens sa présence,
Tu devines son parfum,
Qu’elle est lourde l’absence
Et tu le cherches en vain.
La biche court dans la forêt,
Elle aussi apeurée,
Les lilas sont fanés.
Assise au pied d’un très vieux chêne,
Tu laisses aller ta peine,
L’amour s’est éloigné.
Mais tout au fond de toi,
Tu le sens qui est là,
Et tu vois son visage
Comme dans un mirage.
La source fait entendre son chant,
Mais où est ton printemps ?
Les lilas sont fanés.
Perdue, sans rien voir alentour,
Mais où est ton amour ?
L’amour s’est éloigné.
Mais il te reste encore,
La scène et le décor,
Et tu croiras toujours
Qu’il reviendra un jour.
Les mains enfoncées dans les poches
Et un sac tout bleu sur le dos,
Qu’il fasse beau ou qu’il fasse moche,
Jimmy allait comme l’oiseau.
Tout c’qu’il avait sur cette terre
Il le trimbalait avec lui,
Maître des vents et des lumières,
Du grand soleil et de la pluie.
Il était citoyen du monde,
Et tous les hommes étaient ses frères.
Comme la terre lui semblait ronde,
Il ignorait toutes les frontières.
Il disait : « Comme toutes les fleurs
Qui poussent ici ou bien là-bas,
Tous les hommes ont une couleur,
Tous les hommes ont le même droit ».
Il disait : « Ce qui n’est pas bon,
C’est la violence et la misère.
Sans politique ni religion,
Les hommes seraient tous des frères ».
Il n’arrivait pas à comprendre
Qu’il y ait des riches et des pauvres,
Il disait : « Il nous faut apprendre
A partager la moindre chose ».
Il était citoyen du monde,
Chaque pays était son jardin.
Il croyait à la grande ronde
Qu’on y ferait un d’ces matins.
C’était un philosophe instruit
Qui ne connaissait que l’amour,
Et une des règles de sa vie,
C’était sourire comme ça toujours.
Dans un coin perdu de la terre,
Alors qu’il parlait aux enfants,
Des soldats un jour le visèrent
Et il s’effondra lentement.
Couché sur le sable brûlant,
Un gros trou rouge sur la poitrine,
Il balbutia le mot maman
Avant que sa vie ne décline.
Il était citoyen du monde,
Il n’apportait que sa tendresse.
Il haïssait tout ce qui gronde,
Les lâchetés et les faiblesses.
Il était ici pour aimer,
Pour partager et pour offrir,
Il passait son temps à donner,
Offrant son cœur et ce sourire.
Les mains enfoncées dans les poches,
Et un sac tout bleu sur le dos.
Les mains enfoncées dans les poches,
Et un sac tout bleu sur le dos…
L’hiver irlandais (Allan Bleck)
Il est presque midi
Et le vent sur la plaine
Nous arrive du Nord.
Le soleil s’est enfui
Et la brume se traîne
Etouffant le décor.
Il passe deux chevaux
Sur le chemin de pierre.
Ils vont à petit trot,
Le long de la barrière.
Demain il neigera,
D’après ce qu’on raconte
Et l’hiver sera là,
Blanc comme dans les contes.
Aux larmes du ruisseau
S’élève une complainte,
Chant de mélancolie.
Par-delà le coteau
C’est une cloche qui tinte
Les heures de la vie.
Deux oiseaux sont venus
Sur une branche basse.
Ils semblent si menus
Sous le vent qui les glace.
Demain il neigera,
D’après ce qu’on raconte
Et l’hiver sera là,
Blanc comme dans les contes.
Sur le pont de pavé,
Résonnent les sabots
D’un très lointain voisin.
Et au lieu réservé
Jusqu’au cœur du hameau,
Le silence revient.
Les vieux fourneaux embaument
La braise des vieilles souches.
Là sur le toit de chaume,
Où la fumée se couche.
Demain il neigera,
D’après ce qu’on raconte
Et l’hiver sera là,
Blanc comme dans les contes.
Qui pourrait bien me dire (Allan Bleck)
Qui pourrait bien me dire où mènent toutes ces routes
Où les hommes s’en vont le cœur empli de doutes ?
Où mènent ces chemins, bordés d’incertitudes,
Dans les matins blafards loin de nos habitudes ?
Qui peut le dire, sans me mentir ?
Est-ce, en écoutant le vent,
Que je le saurai vraiment ?
Qui pourrait bien me dire où vont tous ces nuages
Où les oiseaux se perdent, au cours de longs voyages ?
Où mènent ces cieux bleutés, par-delà les montagnes
Quand les heures sont passées et que le jour s’éloigne ?
Qui peut le dire sans me mentir ?
Est-ce en écoutant le vent,
Que je le saurai vraiment ?
Qui pourrait bien me dire où mènent ces rivières
Qui s’en vont en chantant, parcourir la terre ?
Où mènent ces grands fleuves et vers quels pays
Ont-ils donc emporté mes amours mes amis ?
Qui peut le dire sans me mentir ?
Est-ce en écoutant le vent,
Que je le saurai vraiment ?
Qui pourrait bien me dire où se perdent nos rêves,
Vont-ils jusqu’à la lune, à la nuit qui s’achève ?
Suivent-ils un sentier, au-delà de nos cieux,
Vers un monde oublié où veillerait un dieu ?
Qui peut le dire sans me mentir ?
Est-ce en écoutant le vent
Que je le saurai vraiment ?
Qui pourrait bien me dire où s’en va mon refrain,
Va-t-il trouver refuge dans le cœur d’un gamin ?
Que deviendront les notes sorties de ma guitare
Quand elles auront fini de vibrer dans le soir ?
Qui peut le dire sans me mentir ?
Est-ce en écoutant le vent
Que je le saurai vraiment ?
Oui est-ce en écoutant le vent
Que je le saurai vraiment ?
La ballade de Marianne (Allan Bleck)
Marianne,
Sur la plage aux sables blancs
Que chauffe un soleil brûlant
Rêve aux amours d’antan.
(Murmure)
Et la mer,
Berce ses rêves d’enfant,
Elle raconte en chuchotant
Et Marianne écoute en pleurant.
(Murmure)
Dans le ciel,
Passent les grands goélands
Qui voyagent au gré du vent,
Dans l’azur d’un bleu éclatant.
(Murmure)
Marianne
A ses amis dans le port,
Qui attendent depuis l’aurore
Mais elle les ignore encore.
(Murmure)
Et la mer,
Roule les vagues à ses pieds,
Elle y trace un long sentier
Et Marianne voudrait y aller.
(Murmure)
Dans le ciel,
D’autres oiseaux sont venus,
Comme elle aurait tant voulu,
Elle aussi partir dans les nues.
(Murmure)
Ah ! Marianne,
Garde ta mélancolie,
Ton monde à toi est si joli
Qu’il t’abritera pour la vie.
(Murmure)